29 / 08 / 2014,
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Waldemar Kita se lâche dans France Football.

Sébastien H. 8 mai 2012 Billets d'humeur 6 commentaires
Waldemar Kita se lâche dans France Football.

Voilà, la saison est terminée à Nantes, et c’est le moment qu’a choisi son président Waldemar Kita pour sonner sa rentrée dans la presse. Cette fois-ci, il a choisi France Football pour s’exprimer dans un long entretien publié aujourd’hui et titré « Kita : Si je m’en vais, Nantes c’est fini ». Sacré programme en perspective. Nous avons eu l’occasion de parcourir cet entretien en long, en large et en travers jusqu’à, il faut l’avouer, en avoir des vertiges et des hauts-le-cœur. Si vous nous lisez régulièrement, vous savez déjà qu’il n’est pas de notre ressort ni dans nos habitudes de « taper » sur le président Kita. Mais cet article nous est apparu tellement infâmant à plus d’un titre pour tout amoureux du FC Nantes que j’ai personnellement décidé d’y réagir. Morceaux choisis…

 

Le problème, c’est qu’elle (ndlr : la presse) est provocatrice. Surtout la presse locale. Pendant quatre ans, elle m’a cassé. Sans que je comprenne pourquoi, d’ailleurs.

On ne reviendra pas sur l’influence supposée d’un de ses ex-collaborateurs sur les journalistes locaux, devenus du jour au lendemain très… « consensuels » (et pourtant, ça leur arrivait de se lâcher, et souvent à juste titre). Toujours est-il que faire appel à la presse nationale pour relayer des idées sur un sujet majoritairement local a au moins un avantage : celui d’avoir à faire à des personnes qui ne vivent pas le sujet 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et donc à l’argumentation critique souvent moins pointue. Tout en touchant un maximum de personnes qui n’ont droit, sans leur manquer de respect, qu’à une vision souvent très sommaire des faits à se mettre sous la dent. Sans évidemment remettre en question la compétence des journalistes en question, cela va de soi. C’est juste normal et compréhensible, surtout que monsieur Kita est un « bon client » pour les phrases choc.

 

Le centre de formation, qui est aujourd’hui le deuxième de France alors qu’il était vingtième il y a cinq ans, personne n’en parle jamais.

Tout d’abord, le classement 2011-12 n’a pas encore été publié. À l’issue de la saison 2010-11, le FC Nantes pointait à la 6e place, pas à la 2e, ce qui constitue tout de même un bond de 13 places par rapport à la saison précédente. On ne saurait que remercier Laurent Guyot, Stéphane Moreau, Vincent Bracigliano et François Bourgeais, entre autres, d’avoir pu faire éclore des joueurs tels que Loïc Nego, Lionel Carole, Guy-Roland N’Dy Assembé et j’en passe, qui ont contribué à glaner ces précieux points au classement sans que monsieur Kita n’y ait une quelconque influence. Car il faut rappeler, s’il en est besoin, que le processus de formation est long et progressif, que ces gamins étaient bien souvent là avant qu’il n’arrive, et qu’il n’a donc fait que profiter d’un travail de plusieurs années effectué dans l’ombre du précédent actionnaire principal. Et le fait de grimper au classement ne leur a pas pour autant valu, joueurs autant que formateurs, d’être considérés à leur juste valeur par le club. Merci donc à ces formateurs d’avoir su entamer un nouveau cycle avant d’être raccompagnés aux grilles de la Jonelière.

Malgré tout, après une évidente période de tâtonnement dûe aux chamboulements répétés de l’organigramme du Centre de Formation nantais, un équilibre semble avoir été trouvé, même s’il mérite d’être peaufiné dans certains cas précis. Et motivé plus que jamais par ce souci de résultat immédiat impulsé par le président Kita. Car il est à noter que des générations entières de jeunes ont été « remodelées » au détriment de la culture de la formation nantaise, voire même sacrifiées pour faire le vide de l’ère Guyot. Pourtant, le premier mérite n’est-il pas de trouver des bons jeunes, de les former, de les rendre compétitifs et d’en faire plus généralement des hommes de valeur ? Ce mérite là en revient aux personnes qui y travaillent (ou y travaillaient) au jour le jour et avec passion : éducateurs, observateurs, formateurs et j’en passe. Et ceux-là, personne n’en parle jamais non plus, pas même monsieur Kita.

 

J’ai installé un nouveau staff pour la formation alors qu’avant c’était la guerre entre les éducateurs, j’ai changé l’entraîneur de la réserve car c’était la guerre avec l’équipe première, j’ai mis en place un nouveau staff médical (…)

Guerre entre les éducateurs ? FAUX. Mais propulser un franc-tireur de la trempe de Jacky Bonnevay en lieu et place d’un Laurent Guyot aux idées non reconnues à la tête du centre de formation était au mieux une preuve d’ignorance, au pire un sabordage en règle.

Changement d’entraîneur de la réserve ? VRAI. À un rythme presque aussi soutenu que celui de l’équipe première, d’ailleurs.

Mise en place d’un nouveau staff médical : VRAI. Le docteur Bryant s’en souvient encore.

 

Moi, je ne suis pas un dictateur. Ce qui est emmerdant, c’est de voir que toutes les idées qu’on avait, mais que l’on n’a pas pu imposer, tu as la preuve plus tard que c’était la bonne chose.

Alors ça, nous ne le saurons jamais. Personnellement, si j’avais été élu Pape, je suis sûr que j’aurais fait des trucs géniaux. Je ne dirais pas quoi, mais je suis sûr que ça aurait marché comme sur des roulettes. Non, vraiment, je vous assure.

 

Il y a un président qui gère et un entraîneur qui est un employé. À la base, l’employé doit écouter ce qu’on lui dit, c’est tout. Un bon entraîneur, c’est celui qui sait écouter et qui sait apprendre et applique une méthode dans l’intérêt du club.

Si on isolait la dernière phrase du reste, on ne saurait donner tort à monsieur Kita. Sur la première non plus d’ailleurs, qui est élémentaire. Par contre, sur la seconde… Au moins, monsieur Kita reste cohérent, puisqu’il la ressort à chacune de ses interviews dans la presse nationale. Mais je connais des responsables syndicaux qui fulmineraient sur place en lisant ce genre de choses.

 

Ils (ndlr : les entraîneurs) n’ont pas la formation adéquate. Regardez Blanc : il a fait une école de management.

Partiellement inexact. L’essentiel des formations françaises délivrant un diplôme ou un certificat de formation contiennent un volet en lien direct avec la psychologie et le management. Le débat sur leur insuffisance peut évidemment être ouvert, mais nous avons le pressentiment qu’il s’agit plus là d’une « pique » lancée à l’encontre de Laurent Guyot et Landry Chauvin, respectivement major et second de promotion DEPF en 2008. Par ailleurs, Laurent Blanc n’a pas dû réviser ses cours de management et de psychologie quand il s’est barré de Bordeaux. Par ailleurs, il est assez cocasse de constater que monsieur Kita s’offusque du manque de qualité de la formation des entraîneurs professionnels quand, de l’autre côté, il se félicite d’avoir permis au FC Nantes d’être mieux positionné au classement des centres de formation. La DTN ne doit plus savoir sur quel pied danser, ce matin.

 

Moi, je suis dans le foot pour autre chose que le business et la représentation.

Très bien, cela peut parfaitement et tout naturellement s’envisager, en effet. Malgré tout, c’est là l’essentiel du rôle de président (et a fortiori actionnaire majoritaire) d’un club de football, non ? Du moins, rares sont les entraineurs qui ont la possibilité de mettre plusieurs millions sur la table pour s’octroyer un poste à vie de technicien en s’offrant un club.

 

Ce sont eux (ndlr : Claude Bez et Bernard Tapie) qui ont gagné le plus. C’est la vérité. (…) Je n’en rêve pas, mais je pense que c’est la meilleure des solutions.

Claude Bez : un an de prison ferme pour escroquerie, faux par instruction et recel d’usage de faux. Bernard Tapie : un an de prison ferme pour corruption et subornation de témoin. Le tout, uniquement dans le cadre de leur profession au sein du football professionnel français. On ne reviendra pas sur les affaires qui ont émaillé la gestion de l’entreprise Cornéal ni sur le dépôt de bilan du Lausanne Sports, ce serait un peu trop facile.

 

Il y a même un ancien international français qui m’a dit que je ne pouvais pas réussir à Nantes parce que je n’étais pas nantais mais étranger.

On espère juste que l’international en question n’est pas Fabien Barthez, ça tuerait l’argumentaire dans l’œuf. Je pense que peu de personnes remettront en cause le fait que le racisme est et reste un mal sociétal pour lequel il ne faut avoir aucune complaisance. Mais il reste extrêmement rare : amalgamer tout (ou du moins en bonne partie) les supporters nantais dans cette logique est au mieux une simple aberration statistique, au pire la preuve d’une grande malhonnêteté intellectuelle. Par ailleurs, monsieur Budzynski est d’origine polonaise et n’en a visiblement jamais souffert à Nantes, tout comme monsieur Éric Swidurski (membre fondateur d’À La Nantaise en compagnie de Florian Le Teuff, en réponse aux allégations de racisme vis-à-vis de ce dernier). Nous prenons note, néanmoins, du fait que ce marronnier ressort dès lors que la moindre critique est émise sur la gestion du FC Nantes par monsieur Kita. Nous prenons donc le soin de préciser, pour rétablir l’équité de traitement, que Waldemar Kita est de nationalité FRANCO-polonaise. Enfin, « franco » quand ça l’arrange, visiblement.

 

Personne ne vous aide. Ni la Ville, ni la région.

C’est en partie exact. Par exemple, la diminution drastique de la subvention accordée par la Ville de Nantes au club (passée de 1,5m€ à 300k€ annuels) est de toute évidence une épine dans le pied des gestionnaires du FC Nantes. Le vote de celle-ci avait même été fortement contesté au sein du Conseil Municipal, précisant que les missions d’intérêt général du FC Nantes ne justifiaient même pas une telle somme. Le maire Jean-Marc Ayrault avait alors usé de son influence pour faire en sorte de désamorcer toute tension supplémentaire avec le club. Toujours est-il que de très nombreux supporters ont la même impression : celle que le club est oublié des pouvoirs publics locaux et régionaux. Mais pas pour les mêmes raisons.

 

Si demain je m’en vais, Nantes, c’est fini ! (…) Il y a un moment où je vais péter les plombs. Je me connais, ça peut arriver d’une minute à l’autre. Il suffit d’un rien.

Ces déclarations sont absolument terribles pour tous les amoureux du FC Nantes, et nous ne saurions les accepter. Monsieur Kita essaie délibérément de prendre en otage la totalité des personnes, employés, supporters du club en leur laissant présager d’un avenir sinistre. Le FC Nantes a souvent été dans une situation très précaire, tant financièrement que sportivement, mais jamais il n’a disparu, toujours il s’en est sorti. Et par le jeu qui plus est. S’il y a bien une chose qui n’appartient pas à monsieur Kita, c’est bien l’Histoire du club et toute la passion qui réunit ses supporters depuis 1943. Avant lui nous existions, et après lui, peu importe où et comment, nous continuerons à exister. Soyez-en certain.

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6 Commentaires

  1. Jo 8 mai 2012 at 15:27

    Très bonne analyse de l’interview, ;)

    On pourrais s’attendre à un retour de la politique de gestion mise en place lors de la saison 2008-2009, à savoir un renouvellement de toute l’équipe formatrice, la mise en place de proche de WK à la tête du club (on ce rappel de Praud et Larièpe) un changement massif de l’effectif (Klasnic, Gravgaard, Tall et compagnie vous vous rappelez ?) un changement d’entraineur (Chauvin sera t-il là à la reprise? si oui pour 3matchs comme Der Zak ?) et malheureusement un départ de jeunes pousse pour renflouer les caisse ? (Veretout, Trébel ? alhadur ? )

    LA FRANCE A PEUR (enfin Nantes surtout ^^)

  2. titeuf85 9 mai 2012 at 23:04

    c’est bête mais voila 3 ans que je me déplacai pour aller voir des matches a l’ext , cette année je ni vais plus car entendre la  » brigade loir  » kita casse …… et autre conneries , je pense que l’année dernière ces eux qui ont faillit faire couler le FCNA , quand ils sont a nantes ils y a la moitier qui ont moin de 18 ans 10% D’ étudiants et le reste que l’ont dit supporteurs !!(qui ne savent même pas gérée une entreprise)
    Moi avant de critiquer je sais très bien que ci kita il part ça ne sera même pas la DH mais le dépot de bilan
    car ci il décide de partir 15 jours avant la reprise(avec un bon chèque , il a le droit comme salaire)ca sera trop tard …….Alors supporter au lieux de critiquer

  3. Anthony H. 10 mai 2012 at 14:27

    Au contraire des déblatérions indéchiffrables et truffées de fautes ci-dessus, je trouve cet article de bonne facture, fait de répliques pertinentes et Ô combien nécessaires.
    Combien de temps encore ce fléau sévira au FCN ?

  4. titeuf85 10 mai 2012 at 21:44

    des années

  5. Patrick Bateman 11 mai 2012 at 17:35

    Analyse pertinente.
    En réponse à Titeuf 85 : je ne crois pas qu’un départ de Kita plomberait le club : Kita ne quitterait pas le club sans récupérer sa mise de départ, à la limite en subissant une moins-value mineure. Cela suppose des investisseurs pour lui racheter le club. Le club a de réelles forces : une base de supporters pas si ridicule (donc source de revenus stable), des bonne structures (le centre de formation n’est pas complètement mort) et surtout une bonne image qui permettra de toujours attirer des joueurs et techniciens.
    En réalité pour moi la faiblesse c’est justement la gestion ! Comment construire quelque chose quand l’entraîneur a les mains liées par le Président et change tous les trimestres ? Comment construire quand les espoirs, fruits de plusieurs années de formation, sont vendus à prix dérisoire juste au moment où ils commencent à être rentabilisés ?
    Alors si Kita part, je ne crois réellement pas que le club s’effondrera. Plus précisément, la réponse dépendra de QUI sera là pour le reprendre. Et là, je me demande dans quelle mesure un collectif d’investisseurs émotionnellement liés au club pourraient porter un projet crédible. A la nantaise ?

  6. Manu B 24 juin 2012 at 08:38

    Votre analyse est intéressante. Supporter éloigné du FCN dans les années 1980, je viens m’installer cette année sur la région. Je me pose des questions sur la gestion du club (Chauvin est déjà parti , alors qu’il me semble qu’il pouvait continuer à construire quelque chose). L ‘impression laissée par tous ces changements rapides est celle d’une succession non rationnelle de coups de sang et l’interview de Kita confirme la chose.
    Je suis sensible à la démarche de l’association « A la nantaise » et pense m’y engager à plus ou moins court terme car elle veut cultiver l’esprit club » du FCNA. Seulement, elle a peut-être commis l’erreur de se construire dès le départ contre KIta, même si elle cherche à s’identifier par la « charte Arribas ». J’ai suivi les évolutions économiques du foot depuis 25 ans (achats des joueurs formés au club, inflation galopante des salaires, privatisation des droits tv) et l’idée de construire un effectif autour de la formation dans le même club me paraît noble. Je crains cependant qu’en France, le foot, moins populaire qu’ailleurs, ne puisse devenir autre chose qu’un sport aux mains d’hommes d’affaires qui gèrent leur club comme une entreprise, c’est-à-dire avec la mentalité des capitalistes du XXIème siècle, qui cherchent une rentabilité rapide et jettent les personnes au moindre doute. Le film « Looking for Eric » évoque cette évolution à Manchester et je le conseille à tous y compris le docu visible sur le DVD. Enfin, n’oublions pas que le FCNA aussi achète des joueurs formés ailleurs et ce la n’est pas nouveau … Cordialement.

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