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Métiers disparus : supporter du FC Nantes

Alain D. 23 novembre 2011 Billets d'humeur Un commentaire
Métiers disparus : supporter du FC Nantes

Bourrelier, maréchal-ferrant, valet de pisse… Parmi tous ces métiers aujourd’hui complètement disparus, ou sur le point de l’être, il en est un qui fait tinter au fond de nos mémoires la cloche joyeuse de nos gais souvenirs : Supporter du FCN. Ah ! Que d’images défilent dans les limbes de nos cerveaux d’enfants à l’évocation de ce joli métier. Pour les plus jeunes d’entre vous, il est tout de même nécessaire de rappeler ici ce qu’était ce métier et comment il a été amené à disparaître.

L’APPARITION DU BESOIN

Depuis des temps immémoriaux, ou du moins depuis qu’il est sédentaire et que sa femelle lui fout la paix, l’humain cherche à s’amuser. Cro-Magnon jouait au ballon, Neandertal jouait à la balle. « Que demande le peuple ? » s’interrogeait-on dans la Rome antique. « Du pain et des jeux ! », rétorquait-on ex abrupto.

Alors le loisir est devenu spectacle et les jeux du cirque ont évolué au fil des temps pour donner vie à diverses formes de représentations, parmi lesquelles on compte en vrac : le jeté de nains, les wanmanchauds d’Arthur ou le football. Bien que très différentes, toutes ces activités ont un point commun : le public (enfin sauf pour Arthur où ce n’est ni obligatoire, ni même recommandé). Le public, le spectateur, le supporter… La clé de voûte de tout spectacle, comme le manouvrier est la clé de voûte de toute entreprise.

Au milieu du vingtième siècle naquit donc le FCN qui se révèlera, au fil du temps, créateur de milliers d’emplois de supporters, non seulement dans le bassin nantais mais dans toute la France. Une entreprise florissante jusqu’au début des années 2000, qui marquent le début de la disparition du métier de supporter du FCN. Nous y reviendrons.

LES TEMPS BÉNIS

« En quoi consistait donc ce métier ? » me demanderont les plus jeunes d’entre vous. C’était le plus beau métier du monde ! N’allez pas en déduire que ma nostalgie m’égare sur les chemins broussailleux des pensées nébuleuses, et me fait voir les choses plus belles qu’elles ne le furent. Nenni, walou, balpeau. Ils parcouraient les routes de France, d’Europe et même de Monaco, tels des compagnons du devoir en quête d’un Graal footballistique, les compagnons transmettant leur immense savoir aux aspirants, les aspirants aux apprentis, dans une chaîne solidaire, amicale et indéfectible. Comme eux ils partageaient des valeurs d’éthique et prenaient un soin infini de leurs outils de travail : écharpes, bonnets, fanions, banderoles et autres colifichets. Bravant les éléments contraires, le froid, la pluie, la neige, la promiscuité – ils étaient parfois obligés de côtoyer des parisiens ! -, ils abattaient en chantant un travail titanesque.

Ah ! quel spectacle sans cesse renouvelé que de les voir là, en tenue d’apparat dans le soleil couchant, encourageant, applaudissant, exhortant, aiguillonnant, stimulant, poussant… parfois fustigeant, houspillant, tançant, sermonnant, réprimandant, sifflant, mais toujours défendant et réconfortant leurs favoris. « Mais ils étaient rémunérés pour faire ça ? » s’étonneront les plus incrédules. Oh que oui qu’ils étaient payés, et grassement qui plus est. Payés en beau jeu, en plaisirs sensuels, presque interlopes, en souvenirs à raconter. Payés en fierté d’appartenir à cette corporation privilégiée. Ils étaient riches à millions d’étoiles dans les yeux. Ils étaient riches de ça, mais ça ne s’achète pas.

LE DÉBUT DE LA FIN

Mais comme pour le maréchal-ferrant, c’est le progrès technologique qui est à l’origine du déclin progressif de cette belle activité. Au milieu du 20ème siècle, le tracteur ayant remplacé le cheval dans les durs travaux agraires, le métier de maréchal-ferrant périclite. Celui-ci essaye bien de s’adapter en ferrant les tracteurs, mais il se heurte alors au lobby des manufacturiers de pneumatiques. Plus tard, au début du 21ème siècle, ce sont là aussi les tracteurs qui remplacent les bêtes racées qui constituaient la matière première du supporter du FCN : le joueur de football.

Plus du tout enclins à s’émouvoir, les jeunes rechignent à reprendre le flambeau naguère si fièrement brandi par leurs ancêtres. Les salaires en effet ne sont plus à la hauteur des sacrifices consentis, le jeu chatoyant qui assurait les fins de mois n’est plus qu’une infâme et chaotique approximation de football. La flamme s’éteint doucement et le métier n’est dès lors plus pratiqué que par des anciens, regardant hagards les lambeaux de leurs émois s’étioler.

Il n’est plus désormais que des bénévoles pour errer dans les travées quasi désertes, criant à qui veut bien les entendre leur rage revendicatrice, cherchant à retarder l’inéluctable issue. Mais le progrès est en marche, nul ne saurait l’arrêter ! Et pourtant…

L’ESPOIR D’UN RENOUVEAU

Vers la fin du 20ème siècle, le métier de maréchal-ferrant que l’on croyait condamné à disparaître totalement, a bénéficié d’un retour en grâce du cheval. Bien entendu le cheval de trait n’est pratiquement plus utilisé dans nos campagnes verdoyantes, mais le cheval loisir, le cheval de randonnées a pris le pas, le trot et même le galop, pour assurer à l’activité de maréchal-ferrant une continuité et une survie.

Dès lors, peut-on espérer que le noble métier de supporter du FCN puisse à son tour survivre à, disons dix ans de disette ? Y a-t-il des signes porteurs de l’espoir d’un renouveau ? Des frémissements annonciateurs d’autres printemps ? C’est malheureusement encore trop tôt pour le dire, et le FCN traîne en son sein trop de poids morts pour espérer voir bientôt cette chape de plomb exploser.

Pourtant, si l’on veut prendre le temps de lever la tête tandis que l’on chemine dans cet interminable tunnel, peut-être apercevrons-nous un petit point lumineux qui en marquerait l’issue. Peut-être qu’en observant attentivement la flore qui nous entoure, nous pourrons voir que quelques bourgeons sont en train d’apparaître sous la houlette d’un habile jardinier.

Acceptons-en l’augure et comme le disait mon ami César : Alea jacta est.

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1 Commentaire

  1. Aurélia 2 octobre 2012 at 16:38

    j’adore !!!

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